Au fur et à mesure que paraissent les aventures de Jerry
Spring s’affirme chez Jijé une manière tout à fait à part
de rendre compte du réel, qu’il ne cesse de sublimer
malgré son étiquette de dessinateur réaliste.
Loin de se ranger du côté de ceux qui crurent voir
dans l’essor de la photographie la fin du dessin, il ne cesse
de réinventer un réel que le lecteur reconnaît
instantanément comme authentique, vivant et proche de lui.
L’exemple du cheval de Jerry Spring mérite à ce
titre qu’on s’y arrête : le Ruby que dessine
Jijé est un pur-sang arabe altier, tout à fait inadapté aux
longues courses en terrain accidenté, et bien éloigné des
chevaux que montaient les cow-boys. Pourtant, il a fixé avec
ce cheval une sorte d’archétype, valable non seulement
pour la série mais pour le genre même du western réaliste
qu’il ne viendrait à l’esprit d’aucun
lecteur de remettre en cause, tant tout cela a l’air « vrai ».
C’est sur cette manière d’appréhender
le réel que revient le dossier en fin de volume, rappelant
la grande proximité qui existait entre Jijé, Franquin,
Will et Morris.